
Volume 6 (5), septembre/octobre • 2004
Message de la présidente de l’ACE
Diane Méthot
Je me réjouis de voir que l’on commence à reconnaître l’importance de la santé mentale en milieu de travail et que l’ACE publie cette édition spéciale des Actualités ergothérapiques, afin d’explorer cette question en profondeur. Il s’agit d’un sujet qui nous concerne tous en tant que travailleurs. Tous les jours nous subissons des pressions au travail ayant des répercussions sur notre santé mentale; il est donc primordial de comprendre l’impact du travail dans notre vie.
Depuis plus de vingt ans, je travaille dans le domaine de la santé mentale en milieu hospitalier. Je suis appelée à côtoyer quotidiennement des personnes qui luttent pour conserver une qualité de vie et mon expérience professionnelle m’a amenée à reconnaître les défis auxquels ces personnes sont confrontées. La relation entre le travail et la santé mentale est pavée d’embûches pour les gens, qu’ils soient atteints ou non de troubles de santé mentale. Il en va de même pour les ergothérapeutes, qui sont eux-mêmes des travailleurs, et qui doivent composer avec certaines réalités telles que des restructurations, des réductions de personnel ou l’isolement professionnel. Comme nous le savons, ces pressions ont des répercussions non seulement sur notre rendement au travail, mais sur toutes nos activités quotidiennes ainsi que sur la qualité de nos rapports sociaux.
En l’an 2000, la Canadian Alliance on Mental Illness and Mental Health (CAMIMH) publiait le document ‘Appel à l’action : développement d’un consensus pour un plan d’action national sur la maladie mentale et la santé mentale’. Dans ce document, la CAMIMH souligne que « préserver et promouvoir la santé mentale, c’est favoriser la santé des familles, la productivité au travail et le développement des collectivités ». En tant qu’ergothérapeutes, nous ne pouvons qu’abonder dans le même sens, car nous savons que les émotions ont une influence sur le rendement des travailleurs et sur leur milieu au travail comme à la maison.
Peu importe que les gens soient atteints ou non d’une maladie mentale, il est essentiel, voire capital, d’apporter une plus grande attention à l’aspect émotif au travail. Que la personne ait une maladie mentale ou non, les besoins sont souvent les mêmes : le besoin d’être reconnu et accepté, le besoin d’avoir du soutien de nos collègues et superviseurs, le besoin d’avoir des activités structurées et variées tout au long de la semaine et la possibilité d’utiliser notre potentiel et faire des activités qui nous soient significatives. Les valeurs et les croyances de notre profession sont des impératifs qui nous incitent à participer et à prendre de nombreuses initiatives, que ce soit au niveau de l’éducation de la population et des employeurs ou au niveau de l’augmentation du financement pour la recherche et les services. Nous devons contribuer à réduire la stigmatisation et les préjugés rattachés à la maladie mentale. Selon moi, ce sont les obstacles les plus difficiles à surmonter, c’est pourquoi nous devons travailler ensemble, en collaboration avec les clients, les familles, les chercheurs, les gens d’affaires et le gouvernement.
L’ACE est enthousiaste à l’idée de collaborer plus étroitement avec la CAMIMH, afin d’exercer une influence fondamentale sur les politiques canadiennes relatives à la maladie mentale et à la santé mentale. Nous devons veiller à ce que ces questions figurent sur les programmes nationaux de santé et de politique sociale. Les statistiques recueillies par la CAMIMH démontrent que malgré le fait que les services de santé mentale représentent près de 16 % des coûts des soins de santé et qu’ils touchent 20 % de la population, moins de 5 millions de dollars par année sont dépensés pour des programmes associés à la promotion de la santé mentale et à la prévention de la maladie mentale. De plus, à peine 4 % de tous les fonds publics affectés à la recherche sont consacrés à la recherche sur la santé mentale et la maladie mentale.
Les professionnels de la santé ne sont pas immunisés contre la croissance de l’épuisement professionnel, du stress et de la dépression. Tous ces facteurs ont des répercussions sur le rendement au travail et nous ne pouvons les ignorer plus longtemps. En tant qu’ergothérapeute, aider les autres est notre priorité numéro un , mais pour ce faire, nous devons aussi penser à soi et mettre en pratique ce que nous prêchons, par exemple avoir une vie équilibrée, prendre le temps de faire des activités qui nous soient significatives, prendre le temps de rire et s’amuser, et ne pas oublier de mettre en pratique les quatre éléments clés publiés par l’ACE : planifier, établir ses priorités, avoir un rythme de travail équilibré et une bonne posture au travail comme à la maison. Nous devons revendiquer des milieux de travail plus sains, c’est-à-dire, des milieux où les gens ont un sentiment de contrôle et la possibilité de faire des choix; des milieux où le travail bien fait est reconnu; des milieux où les gens ont un sentiment d’appartenance et la possibilité de se soutenir mutuellement.
Il y a environ 15 ans, la société canadienne commençait à prendre des mesures concrètes afin de répondre aux besoins des personnes ayant des déficiences physiques. Bien qu’il reste encore beaucoup à faire par exemple en ce qui concerne les principes du ‘design universel’, l’élan est donné et le travail est amorcé. Le temps est venu de prendre des actions similaires pour les personnes ayant des troubles de santé mentale et de rendre nos environnements favorables à l’intégration et au soutien de tous les Canadiens ayant des problèmes de santé mentale.
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