
Volume 6 (5), septembre/octobre • 2004
Passer d’un emploi d’opérateur de chariot élévateur à celui de commis d’entrepôt — une transition nécessitant du soutien
Jennifer Radley
Âgé de 38 ans, Bill* était un homme robuste, qui avait travaillé pendant 18 ans à l’entrepôt du service de réception et de livraison d’une grande quincaillerie. Il adorait son travail, qui consistait à hisser de lourdes boîtes dans un grand entrepôt de stockage, à organiser l’entreposage, à tenir un inventaire par informatique et à plaisanter joyeusement avec ses collègues de travail. Pourtant, il a dû cesser son travail à la suite d’un accident subi à domicile lui causant une blessure sévère au dos et nécessitant une chirurgie majeure. 
Bill n’a pu travailler pendant plus d’un an; puis il a commencé à recevoir des prestations pour invalidité de longue durée. Marié et père d’un enfant, cette homme plein d’énergie était habitué de mener une vie active; cette situation était décourageante pour lui, tant émotivement que physiquement. Il détestait le fait de ne pouvoir travailler et accomplir ses activités habituelles. Ce brusque changement dans son style de vie et ses craintes face à l’avenir ont été des facteurs clés dans l’évolution de son état vers une dépression clinique, qui a été traitée à l’aide d’antidépresseurs.
Pendant que Bill se rétablissait, tant émotivement que physiquement, le coordonnateur de la réadaptation de la compagnie d’assurance a organisé une rencontre avec son employeur en vue de planifier son retour au travail. Cependant, les restrictions médicales précisaient que Bill ne pouvait soulever aucun poids excédant 15 livres. Par conséquent, Bill ne pouvait réintégrer son emploi à l’entrepôt, car il ne pouvait effectuer les tâches que ce poste exigeait. Cependant, son employeur pouvait lui offrir un poste au comptoir de commandes. Comme la simple idée d’être assis toute la journée à un comptoir et de répondre au téléphone irritait Bill, il s’est mis en colère, s’est senti insulté et s’est mis à blâmer tout ceux qui l’entouraient. Toutefois, en constatant le peu de choix qui s’offraient à lui, il a accepté la proposition et un plan de retour graduel au travail a été mis en place.
Bill a commencé à travailler à temps partiel selon le plan prévu, mais son attitude et ses comportements négatifs occasionnaient des problèmes entre ses collègues de travail et lui. Il était amer et cela était évident. L’employeur se demandait si Bill pouvait vraiment répondre aux exigences de ce nouveau poste.
Le coordonnateur en réadaptation a alors communiqué avec moi, afin que j’enseigne à Bill des stratégies pour gérer sa colère, de même que des modes de communication positive plutôt qu’agressive. On me demandait d’accomplir ce tour de force en quatre rencontres seulement, parce que bientôt, Bill travaillerait à temps plein et il ne recevrait plus de prestation d’assurance invalidité. Il s’agissait d’un défi de taille.
J’ai rencontré Bill dans son milieu de travail. Il m’a confessé qu’il était conscient de ne pouvoir continuer longtemps à travailler dans ces conditions, car il ressentait et exprimait une colère très intense. Il avait toujours adoré son emploi et il souhaitait être heureux à nouveau au travail. À travers une évaluation pour le moins rapide, nous avons découvert que plusieurs aspects de sa vie étaient des sources de frustration récentes; Bill savait qu’il avait mal accepté et abordé ses problèmes. Il s’inquiétait particulièrement des effets qui se répercutaient sur ses relations avec sa femme et son fils. Il était motivé à changer la situation.
Ma première tâche fût d’enseigner à Bill la physiologie de la colère et l’importance de s’accorder un peu de temps, lorsqu’il ressentait de la colère, afin de réduire l’intensité de sa réaction. Je lui ai montré la progression de la colère et nous avons ensuite examiné les comportements appris; puis nous avons observé son état actuel, l’environnement, les “ éléments déclencheurs ” selon lui, de même que son propre schème de pensées et ses réactions. Il a fait ses devoirs en prenant note des situations provoquant sa colère et de ses réactions. Il a acheté un livre que je lui ai recommandé et a commencé à le lire. Bill a rapidement commencé à maîtriser ses réactions, en remplaçant ses comportements agressifs par des comportements affirmatifs et des résultats plus positifs ont commencé à se produire.
À la troisième séance, Bill m’a demandé de l’observer à son bureau, pendant qu’il répondait au téléphone, à la fin de l’après-midi, alors que la plupart de ses collègues de travail avaient terminé leur quart de travail. Au début, je n’étais pas certaine qu’il pourrait se concentrer sur notre séance, mais j’ai été impressionnée par sa manière de prendre les quelques appels reçus et par ses rapports amicaux avec les clients. Je l’ai complimenté sur son talent pour faire ce travail et sur ses vastes connaissances de l’entreprise. À un certain moment, le système informatique est tombé en panne pendant qu’il était au téléphone; je l’ai alors vu prendre une pause et une respiration profonde, puis répondre calmement.
À la fin des séances, Bill avait fait des progrès remarquables. Il avait appris à remettre en question ses pensées colériques et à changer ses perceptions. Il effectuait régulièrement des exercices pour se calmer lorsqu’il était frustré ou en colère, réagissait moins rapidement et se servait des réponses positives qu’il avait préparées. Il a retrouvé son sens de l’humour lors de situations loufoques et a recommencé à sympathiser avec ses collègues de travail. Il voyait maintenant la vie sous un autre angle; il pouvait travailler et bien accomplir son travail, il était apprécié au travail et il n’exprimait plus sa frustration à la maison. Il songeait même à présenter sa candidature pour un poste plus important dans son nouveau service.
* nom fictif
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