
Relever le défi du quotidien à la maison et dans la communauté — Les soins de santé à base communautaire au Manitoba
par Mary Clark Green
Une personne malade n’est guérie que lorsqu’elle peut remplir le même rôle ou un rôle équivalent dans la communauté à celui qu’elle exerçait avant sa maladie… souvent, c’est lorsque le travail du chirurgien, de l’infirmière et de la physiothérapeute se termine que notre tâche la plus difficile commence …
— Edith Griffin, ergothérapeute, Winnipeg, 1923
Aujourd’hui, les ergothérapeutes du Manitoba partagent la même conviction et travaillent avec assiduité avec leurs clients pour s’assurer qu’ils peuvent demeurer dans leurs communautés. L’ergothérapeute joue un rôle essentiel dans les soins à domicile et à base communautaire en aidant les gens à continuer de faire ce qui leur tient à coeur. Depuis 1961, la compagnie Community Therapy Services Inc. (CTS), fournit des services d’ergothérapie à travers le Manitoba. Initialement, il s’agissait d’une composante du programme de thérapie à domicile de la Société canadienne contre l’arthrite et le rhumatisme, division du Manitoba.
«C’est un privilège de travailler au domicile du client, tout en étant ancré dans la réalité,» explique la chef ergothérapeute Deena Dyck, de CTS. « Nous ne travaillons pas à tâtons. Lorsque je tente d’évaluer si une personne peut préparer ses repas et que je constate de visu qu’elle se fait mordre par son chien…je ne peux ignorer les facteurs en jeu! Je peux également observer la dynamique de la famille et le soutien qu’elle peut donner au client, à la maison.»
Au moins 65 % des client de Deena sont âgés de plus de 65 ans et en général, ils désirent demeurer à la maison. Un grand nombre de ces personnes ont des besoins de santé complexes et ont des difficultés en raison d’une baisse de leurs capacités fonctionnelles découlant d’une maladie, du vieillissement ou de lésions. Les chargés de dossiers, les omnipraticiens et les membres de la famille qui demandent à l’ergothérapeute d’effectuer une visite à domicile désirent savoir si leur proche peut y vivre de façon autonome et en toute sécurité. Lorsqu’elle visite un client à domicile, Deena peut observer comment la personne se débrouille dans différentes tâches, quelles sont ses forces et où se situent ses besoins. Par exemple, si la personne a besoin d’aide pour prendre son bain, Deena peut recommander des méthodes ou de l’équipement adapté comme un banc de transfert ou un lève-personne mécanique. Elle peut aussi enseigner au soignant comment aider le client à bien utiliser l’équipement. Ceci permet de réduire le stress du soignant et peut même amener le client à prendre son bain de manière autonome et en toute intimité. Si la personne a besoin d’aide et que son conjoint n’est pas en mesure de lui offrir, Deena recommande alors d’évaluer à domicile si le client a besoin des services d’un auxiliaire.
«Chaque client est différent, c’est pourquoi mon travail varie tous les jours », dit Deena. « Je retire beaucoup de satisfaction lorsque je constate une différence positive au domicile d’un client. Deena se rappelle d’un ancien client atteint de paralysie cérébrale qui refusait de recevoir des services à domicile, avant son arrivée.
« Il avait décliné l’offre de services dans le passé parce qu’il avait peur d’être placé en établissement ou de perdre son autonomie. L’une des raisons de la demande de consultation était qu’il avait fait une chute et était demeuré six heures sur le plancher, incapable d’atteindre le téléphone pour demander du secours. Avec le temps, Deena a enseigné au client des transferts du fauteuil roulant à d’autres sièges dans la cuisine et la salle de bains. Il était difficile de le comprendre lorsqu’il parlait, mais avec du temps et de la patience, il est parvenu à communiquer ses besoins. En plus de lui procurer un fauteuil plus convenable et un coussin adapté pour prévenir les plaies, Deena a également recommandé au client des aides peu coûteuses mais pratiques, comme un ouvre-boîte électrique, une planche à découper adaptée pour l’aider à couper des légumes et une tasse isolée pour prévenir les brûlures, puisque la sensibilité de ses mains était réduite.
Répondre aux besoins des personnes vivant en région rurale
Kristine MacDonald est aussi ergothérapeute à CTS; elle travaille dans le sud ouest du Manitoba. Elle couvre avec une autre ergothérapeute une région rurale ayant une population de 34 000. Kristine offre ses services dans 8 communautés et leurs environs. Heureusement, Kristine vit à Killarney, une ville située près du centre de la région et ainsi, la plus grande distance qu’elle doit parcourir pour son travail peut s’effectuer en moins de 45 minutes.
Comme Deena, Kristine est d’avis que les visites à domicile donnent un tableau plus précis d’une personne. « Mon travail consiste principalement à évaluer la sécurité à domicile ou à recommander de l’équipement pour aider les clients à demeurer fonctionnels et autonomes ou pour soulager le fardeau du soignant» explique Kristine.
Pour ses clients, Kristine est une mine d’information. Elle peut diriger ses clients vers divers organismes qui offrent des programmes de prêts d’équipement à long terme ou d’autres formes d’aide. L’un de ses clients reçoit un soutien à l’emploi et au revenu et habite dans un logement provincial. Il se déplace en fauteuil roulant et a dû se faire installer une rampe d’accès pour entrer et sortir de son domicile. Kristine croit que ses activités de revendication et ses contacts avec des personnes-ressources ont facilité l’installation de la rampe.
Elle aide également les clients à faire des achats d’équipement judicieux. «Je vois parfois un client qui a mal au dos ou à l’épaule en raison d’un mauvais ajustement de la hauteur de son déambulateur. Il suffit parfois d’élever les poignées légèrement pour que le client soit soulagé et qu’il puisse participer à plus d’activités », explique Kristine. Le commentaire qu’elle entend le plus fréquemment en ce qui concerne ses services est le suivant :«C’est beaucoup plus facile pour moi maintenant ».
En fait, Kristine aimerait qu’un plus grand financement soit accordé pour la promotion de la santé en ergothérapie afin de prévenir les chutes ou la dépendance. Elle a le sentiment que de nombreux aînés qui n’utilisent pas de services à domicile présentement ne sont pas dépistés et qu’ils sont à risque à leur domicile. Ils arrivent tout juste à se débrouiller et ne veulent ennuyer personne. Kristine est convaincue que quelques suggestions pratiques et ergothérapiques et de l’équipement judicieux feraient toute la différence et permettraient de réaliser des économies en soins de santé dans l’avenir.
Le territoire rural couvert par Kristine est principalement voué à l’agriculture et un grand nombre des personnes qu’elle visite sont des fermiers à la retraite. Pour un grand nombre d’entre eux, l’occupation la plus importante est de «jaser» avec des amis au petit café de la localité. Ils se tiennent au courant des dernières nouvelles et il s’agit d’une routine qu’ils suivaient même lorsqu’ils travaillaient. Le travail de Kristine est de veiller à ce qu’ils puissent se rendre au café!
Kristine décrit à quel point elle se sent à l’aise dans les petites communautés rurales. «Ces personnes sont pleines de ressources. Dans une communauté, il y a un service de taxi privé; pour trois dollars, vous pouvez vous rendre partout dans le village. Je fais parfois une visite à domicile avant que la personne reçoive son congé de l’hôpital. Il y a toujours un membre de la famille ou un voisin qui est prêt à aller chercher et à ramener le client à l’hôpital afin que nous puissions faire l’évaluation. »
Kristine et Deena voient de nombreux clients qui sont âgés de plus de 90 ans. Ils reçoivent parfois des soins quatre fois par jour; en effet, un auxiliaire vient à chaque repas et à l’heure du coucher pour les aider à manger, à prendre un bain et à prendre leurs médicaments mais, tout cela est encore moins coûteux que les établissements de soins et les foyers d’accueil. Cependant, les ergothérapeutes jouent également un rôle important pour améliorer la qualité de vie des résidants dans ces établissements. Ils évaluent, font des recommandations et aident la personne à se procurer de l’équipement pour répondre à ses besoins en matière de positionnement et de mobilité et ils font des suggestions en ce qui concerne les activités et les plans de soins du résidant.
Les soins à base communautaire ne sont pas seulement axés sur les problèmes physiques
La maladie mentale, en particulier la schizophrénie, atteint souvent les gens à la fin de l’adolescence, au moment où ils font l’acquisition des aptitudes à la vie quotidienne essentielles à la vie autonome. Une fois qu’ils sont stabilisés et qu’ils reçoivent leur congé de l’hôpital, ces individus peuvent aller vivre dans un milieu où ils recevront du soutien avant de pouvoir vivre de manière autonome. Peu importe qu’ils vivent dans un foyer d’accueil, avec des membres de leur famille ou de manière autonome, les ergothérapeutes les aident à cibler ce qui est important pour eux et établissent avec eux un plan qui les aidera à réaliser ces choses!
Merri-Lou Paterson, l’une des ergothérapeutes travaillant au programme de réadaptation en santé mentale de CTS, se souvient d’une cliente qui, en une courte période de temps, a réussi à aller vivre dans un appartement par elle-même. Elle était divorcée et son ex-mari avait toujours pris soin de tout. Elle ne savait pas comment s’occuper des opérations bancaires, du budget, trouver un appartement, etc. Mais nous avons fait une liste et elle a appris de nouvelles habiletés. Après trois mois, elle vivait seule et trois mois plus tard, elle m’a dit qu’elle n’avait plus besoin de mes services .Quel sentiment de réussite!»
Certains adultes plus âgés atteints de maladie mentale vivent dans des foyers en permanence. Merri-Lou collabore avec des travailleurs en réadaptation communautaire et des résidants pour planifier des activités individuelles et de groupe et leur rendre la vie plus agréable. «Ils adorent le bingo mais ils aiment aussi aller dehors, prendre un café ou se rendre au parc», dit Merri-Lou.
CTS dirige également quatre programmes à la Freight House, un centre communautaire de Winnipeg. Dans un des programmes, on offre une semaine un groupe de conversation et l’autre semaine un groupe de cuisine où les gens peuvent apprendre à cuisiner des plats simples et économiques. Ces programmes communautaires sont ouverts à tous les clients; cependant, il est souvent nécessaire de faire des liens avec d’autres ressources. Merri-Lou anime des discussions de groupe pour déterminer avec les clients ce qu’ils aimeraient faire et elle les aide à découvrir les ressources de la communauté, les moyens de transport; elle les accompagne même dans les nouveaux endroits jusqu’à ce qu’ils soient familiarisés avec les lieux.
Le programme de réadaptation en santé mentale est financé depuis les années 1980 et il a pris de l’expansion depuis. Si le programme disparaissait, ce serait une grande perte pour ces personnes. «D’autres professionnels en santé mentale évaluent l’état cognitif et affectif de la personne mais ils n’en déterminent pas les conséquences pour leur fonctionnement dans la communauté», explique Merri-Lou. « En raison de lourdes charges de travail, les clients ne voient pas toujours d’autres travailleurs de la communauté aussi fréquemment qu’ils le souhaiteraient. Nous sommes privilégiés de pouvoir voir nos clients de 2 à 4 fois par mois si cela est nécessaire.
Les besoins des clients fluctuent souvent et ils ont besoin de soins individuels et communautaires. Merri-Lou souhaiterait que la continuité des soins soit plus uniforme entre l’hôpital et les services communautaires en santé mentale, ce qui assurerait une meilleure transition entre l’hôpital et le domicile.
CTS est un organisme privé à but non lucratif qui offre des services à travers le Manitoba. «Nous employons 40 ergothérapeutes, bien qu’il y ait toujours des emplois non occupés dans certaines régions rurales,en raison d’un manque d’ergothérapeutes», selon Barbara Siemens, une chef de file de la profession.
La demande de services d’ergothérapie augmente avec le vieillissement de la population canadienne. Les gens désirent demeure à la maison le plus longtemps possible et les soins à domicile et communautaires coûtent moins cher à la société que les soins prodigués dans les maisons d’accueils et les centres d’hébergement.
La reconnaissance de la valeur et du rôle de l’ergothérapie pour aider une personne à demeurer à la maison avec le soutien de la famille et de soins à domicile entraîne un plus grand nombre de demandes de consultation de la part des programmes de soins palliatifs. L’analyse fonctionnelle faite par l’ergothérapeute est la plus efficace lorsqu’elle est effectuée à domicile, où il est plus facile de cibler les problèmes et de trouver des solutions.
Deena, Kristine, Merri-Lou et les autres ergothérapeutes travaillant dans la communauté à travers le Canada continuent de démontrer ce qu’ Edith Griffin proposait en 1923. Elles aident non seulement les personnes à demeurer dans leurs communautés, mais elles les aident également à évoluer dans des systèmes complexes qui font parfois obstacle à l’autonomie.
L’auteure aimerait remercier les ergothérapeutes de CTS de même que Barbara Siemens pour leur collaboration à la rédaction de cet article.
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