Janvier / Février 2000 Table des matières

Dans cet article

Historique de l'évaluation de la capacité de travail

Effort physique et amplification des symptômes

Définitions

Évaluation de l'effort physique

Faiblesse des profils de validité

Sommaire

Étude de cas : Pierre

Références et personnes ressources

par Min Trevor Kyi

L'évaluation de la capacité de travail est utilisée pour déterminer les capacités physiques, les limitations et l'aptitude au travail d'une personne. Au début des années 1980, le Dr Leonard a défini l'évaluation de la capacité de travail comme "un processus systématique pour évaluer et développer la capacité d'une personne de donner un rendement fiable en réponse aux exigences du travail au sens large" (Matheson, 1986). En tant qu'ergothérapeutes, nous sommes conscients de l'influence de l'amplification des symptômes sur la perception qu'à le client de son aptitude au travail. Ainsi, pour évaluer en profondeur la capacité réelle de travail d'une personne, il est important de séparer les résultats objectifs obtenus au cours des tests d'effort physique des résultats subjectifs rassemblés pendant les tests visant à mesurer le degré d'amplification des symptômes.

Historique de l'évaluation de la capacité de travail
Dans la pratique actuelle, plusieurs termes sont synonymes de l'évaluation de la capacité de travail dont, entre autres, l'évaluation de la capacité fonctionnelle et l'évaluation de la capacité physique. L'attestation dans ce domaine, qui a commencé au début des années 1980, a été initiée par le Dr Len Matheson de l'Employment Rehabilitation Institute of California (ERIC). Les programmes de formation et d'accréditation existent toujours de nos jours et c'est le frère de Len, Roy, qui a pris la direction du programme d'accréditation en 1990. Bien que la formation RMA est l'un des principaux programmes dans le domaine de l'évaluation de la capacité fonctionnelle, bien d'autres systèmes d'évaluation sont également disponibles. Parmi ces derniers, citons : Blankenship, Isernhagen et Key.

Effort physique et amplification des symptômes
Deux aspects sont essentiels pour qu'une évaluation de la capa-cité de travail soit utile : il s'agit de l'effort physique et de l'amplification des symptômes. Je vais tenter de définir clairement ces termes pour le lecteur, qui comprendra que bien que ces deux aspects fassent partie intégrante de l'évaluation de la capacité de travail, leur nature et leur but diffèrent considérablement. Ils doivent donc doivent être évalués à l'aide de différentes mesures et les résultats doivent être présentés séparément.

Définitions
L'effort physique fait référence à la tendance d'une personne à fournir des degrés élevés d'effort physique pendant les procédures d'évaluation. L'effort physique est évalué le plus efficacement à partir d'une approche polyvalente, mettant en jeu une combinaison de mesures isométriques, comportementales ou cardio-vasculaires permettant de doser le degré d'effort du client. Les résultats de l'évaluation de l'effort physique ne tiennent pas compte de la motivation ou de l'intention (Kyi, Enright, Reynolds, & Lynch, 1999).

Par opposition, l'amplification des symptômes fait référence à la tendance consciente ou subconsciente d'une personne à sous-estimer ses capacités ou ses limitations. L'amplification des symptômes est mesurée à partir d'une évaluation du rendement fonctionnel observé en comparaison avec les commentaires objectifs du client sur les limitations causées par ses symptômes. Elle ne tient pas compte de l'intention. Ce concept est basé sur le terme original "syndrome d'amplification des symptômes", proposé par le Dr Leonard Matheson (Matheson, 1990, 1991). Bien que les commentaires subjectifs des personnes présentant un syndrome d'amplification des symptômes ne puisse être ignorés, ils doivent être examinés avec prudence. Lorsque le syndrome se présente, il faut accorder plus d'importance aux résultats objectifs et aux résultats des tests qu'aux commentaires subjectifs d'une personne sur ses capacités ou qu'à son estimation de ses capacités (Kyi, Enright, Reynolds, & Lynch, 1999).

Évaluation de l'effort physique
L'évaluation de l'effort physique est une composante clé de l'évaluation de la capacité de travail. La réponse physique d'une personne à un test est primordiale pour le résultat de son évaluation. L'évaluation de la capacité physique réelle d'une personne exige de sa part un degré d'effort élevé. Si le client ne fournit pas un effort maximal pendant l'évaluation, il devient difficile, voire impossible d'estimer précisément sa capacité de travail ou ses limitations physiques subséquentes. Dans de tels cas, l'évaluateur n'a aucun moyen de connaître l'effort maximal réel puisque le client ne l'a pas fourni pendant l'évaluation. L'évaluateur se trouve alors dans l'obligation de noter clairement et objectivement le degré fonctionnel minimal du client.

Le terme validité est souvent utilisé dans le domaine de la réadaptation professionnelle comme un terme de référence pour évaluer le degré d'effort d'un client et subséquemment la valeur finale des résultats obtenus aux tests. Pour que les résultats soient réellement valides et qu'ils représentent les capacités maximales d'un client, ce dernier doit fournir un effort maximal lors des tests. Différents systèmes font appel à différentes méthodes d'évaluation du degré d'effort d'un client et à diverses techniques pour déterminer la validité des résultats des tests.

Certains évaluateurs et systèmes d'évaluation utilisent un profil de validité, lorsqu'ils évaluent la constance d'un client par l'intermédiaire d'une note de passage/ d'échec sur un certain nombre d'items de validité (en général de 15 à 25). Ces items peuvent inclure les tests suivants :

  • Jamar Coefficient of Variation Testing (Matheson, 1988);
  • Jamar Rapid Exchange Grip Testing (Joughin, Gulati, MacKinnon, McCabe, Murray, Griffiths & Richards, 1993), (Hildreth & Lister, 1989);
  • Jamar Bell Curve Analysis (Stokes, 1983);
  • Non-Organic Sign Testing (Waddel, McCulloch, Kunnel & Venner, 1980), (Novy, Collins, Nelson, Thomas, Wigins, Martinez, Irving & Waddell, 1998), (Waddell, Birchner, Finlayson & Main, 1984);
  • Placebo Testing (Kyi, Enright, Reynolds, & Lynch, 1999), (Blankenship, 1999), (Waddel, McCulloch, Kunnel & Venner, 1980), (Novy, Collins, Nelson, Thomas, Wigins, Martinez, Irving & Waddell, 1998), (Waddell, Birchner, Finlayson & Main, 1984); and/or
  • Consistency of Pain Reports (Kyi, Enright, Reynolds, & Lynch, 1999).

On attribue un point à chaque item sur l'échelle du profil de validité. Bien que la note de passage varie d'une clinique à l'autre, une note de 70 % est généralement requise pour attester de la validité des résultats des tests (Blankenship, 1999).

Faiblesse des profils de validité
Ce genre de méthode d'évaluation de l'effort présente deux fai-blesses. Premièrement, on attribue aux profils de validité une importance égale. Ceci est erroné, puisque certains tests du profil ont fait l'objet d'une recherche, d'une publication et d'une évaluation par les pairs, alors que d'autres sont des tests souvent extrêmement simples utilisés pour mesurer le degré de coopération du client face au protocole d'évaluation. Les profils de vali-dité attribuent faussement une valeur égale à chacun des résultats du test.

La deuxième faiblesse de ce genre de profils de validité est la combinaison des tests sur l'effort physique et sur l'amplification des symptômes dans le même système de cotation. Tel que mentionné plus haut, les tests sur l'effort physique sont en rapport direct avec le fait que le client a fait de son mieux ou non pendant le test. Au contraire, les tests sur l'amplification des symptômes sont conçus pour évaluer si les commentaires subjectifs du client son fiables, ce qui facilite les décisions concernant le client.

Historiquement, des tests comme le Spinal Function Sort (Matheson, L., Matheson, M. & Grant, 1993), (Gibson & Strong, 1996), Waddell Testing (Waddel, McCulloch, Kunnel & Venner, 1980), (Novy, Collins, Nelson, Thomas, Wigins, Martinez, Irving & Waddell, 1998), (Waddell, Birchner, Finlayson & Main, 1984) ou les tests placebo sont utilisés pour aider un évaluateur à mieux mesurer les commentaires subjectifs d'un client en ce qui a trait à sa douleur et à ses limitations. Les échelles de douleur définies selon la fonction (Kyi, Enright, Reynolds, & Lynch, 1999) sont également utilisées à cette fin, afin d'évaluer si le client a tendance ou non à sous-estimer ou à surestimer sa douleur et ses limitations.

Sommaire
Nous pouvons conclure que certains clients qui amplifient leurs symptômes et leurs limitations subséquentes peuvent tout de même fournir un effort physique maximal. Le corollaire est que certains clients qui ne se plaignent pas de douleurs non anatomiques et qui estiment subjectivement leur capacités de façon élevée peuvent ne pas fournir un effort maximal lors des tests.

Étude de cas : Pierre
Pierre est un mécanicien automobile de 44 ans ayant quitté le marché du travail il y a trois ans. Il se perçoit comme étant très invalide et exprime de forts doutes sur ses capacités physiques. Il a peur que son évaluateur ne voit pas toutes ses limitations et a le sentiment qu'il doit appuyer sur le fait qu'il éprouve réellement de la douleur. Lorsque Pierre se présente pour l'évaluation clinique, il estime sa douleur à un degré beaucoup plus élevé que ce à quoi l'évaluateur s'attend. Par exemple, 9/10 + ou 10/10+ équivalent à une hospitalisation d'urgence et pourtant Pierre se déplace et converse librement, pendant l'évaluation. En outre, il échoue plusieurs tests placebo. Par exemple, lorsqu'on lui demande si le mouvement de ses rotules provoque de la douleur au bas du dos, il dit "oui", bien que cela ne devrait pas augmenter sa douleur. Lorsqu'on lui demande d'estimer sa force pour lever et transporter des objets, il choisit des poids très faibles, par exemple de 5 à 10 livres.

Cependant, lorsqu'on procède à un véritable test, Pierre fournit un degré d'effort élevé. Il est dans sa nature d'essayer ce qu'on lui demande. Ainsi, la lecture de sa fréquence cardiaque indique un degré d'effort élevé. Les scores obtenus pour la force isométrique indiquent des degrés élevés de constance et d'effort. Tout au long de la journée d'évaluation, il demeure compétitif dans son approche, tentant de commencer les tests avant le temps, demandant plus de temps pour s'exercer et faisant appel à des groupes musculaires supplémentaires, dans le but d'améliorer sa performance. En réalité, Pierre obtient de bon scores aux tests physiques, fournissant un rendement beaucoup plus élevé que ce qu'il avait anticipé.

Dans le cas de Pierre, les résultats aux tests permettraient d'identifier un client qui a effectué les tests en fournissant un degré élevé d'effort. Ainsi, les données résultantes seraient représentatives de ses capacités et de ses limitations réelles en terme d'effort physique. La poursuite des tests indiquerait que Pierre présente également un degré important d'amplification des symptômes. Il a tendance à se plaindre de douleur atypique (non anatomique) par moment. Il sous-estime ses capacités réelles de façon significative. Ses commentaires subjectifs indiquent une douleur plus élevée que ce à quoi on s'attendrait en observant les mouvements qu'il effectue de manière distraite et cette douleur semble disparaître lorsqu'il est distrait. Les résultats sur l'amplification des symptômes indiquent que les personnes étudiant le cas de Pierre doivent être prudentes quand à la justesse et la crédibilité de ses commentaires sur la douleur. Il faudrait mettre plus d'accent sur les résultats objectifs et les résultats des tests que sur les commentaires subjectifs de Pierre sur ses capacités ou ses limitations.

L'évaluation de l'effort physique et de l'amplification des symptômes demeurent des compostantes essentielles de l'évaluation de la capacité de travail. Bien que chacune de ces composantes ait un valeur élevée, elles ne sont pas les mêmes. Il est donc important de les évaluer à l'aide de différentes mesures, en présentant les résultats clairement et séparément.


Je serais intéressé à recevoir les commentaires d'autres thérapeutes afin de discuter des approches individuelles pour aborder des aspects importants de l'évaluation fonctionnelle.
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Références et personnes ressources

Min Trevor Kyi, B.Sc. (O.T.), Reg. O.T. (BC) est un évaluateur de la capacité de travail (niveau avancé). Il détient un diplôme en évaluation fonctionnelle de l'University of Florida . Il est membre de la faculté de l'Université de la Colombie-Britannique, enseignant des cours de quatrième année en réadaptation professionnelle et en ergonomie. Min fait également partie de la faculté du RMA Certification Program à Keene, au New Hampshire. Il est un expert breveté à la Cour suprême de la Colombie-Britannique dans les domaines de l'ergothérapie, de l'évaluation de la capacité de travail, des lésions cérébrales et du coût des futurs soins de santé. Min est consultant en ergothérapie pour la Progressive Rehab. Inc., Suite 108, 4240 Manor Road, Burnaby, Colombie-Britannique, V5G 3X5; courriel : mkyi@home.com.

Le programme actuel de formation en évaluation de la capa-cité de travail se nomme RMA, pour Roy Matheson and Associates. Ce programme offre une formation en l'évaluation de la capacité de travail à des cliniciens du domaine de la santé.

Références
Blankenship, K. (1999). Blankenship Industrial Residency Manual and Revisions. The Blankenship System: Macon, GA.
Gibson, L. & Strong, J. (1996). The reliability and validity of a measure of perceived functional capacity for work in chronic back pain. Journal of Occupational Rehabilitation, 6, 159-175.

Hildreth, D.H. & Lister, G.D. (1989). Detection of submaximal effort by use of the Rapid Exchange Grip. Journal of Hand Surgery, 14A, 742-745

Joughin, K. Gulati, P., Mackinnon, E., McCabe, S., Murray, J.F. Griffiths, S., & Richards, R. (1992). An Evaluation of Rapid Exchange and Simultaneous Grip Tests. Journal of Hand Surgery, 245-252.

Kyi, M.T., Enright, W., Reynolds, J., & Lynch, L. (1999). RMA: Certified Work Capacity Evaluator - Training Manual and Residency. Keene, New Hampshire: Roy Matheson & Associates.

Matheson, L.N. (1988). How do you know he tried his best? Journal of Industrial Rehabilitation Quarterly, 1, 10-12.

Matheson, L.N. (1990). Symptom Magnification Syndrome: A modern tragedy and its treatment - part one: Description and definition. Industrial Rehabilitation Quarterly, 3, 1-23.

Matheson, L.N. (1991). Symptom Magnification Syndrome, structured interview: Rationale and procedure. Journal of Occupational Rehabilitation, 4, 1-17.

Matheson, L.N., Matheson, M.L. & Grant, J. (1993). Development of a measure of perceived functional ability. Journal of Occupational Rehabilitation, 3, 15-30.

Novy, D.M., Collins, H.S., Nelson, D.V., Thomas, A.G., Wiggins, M., Martinez, A. & Irving, G. (1998). Waddell Signs: Distributional properties and correlates. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 5, 820-822.

Ransford, A.O., Cairns, D. & Mooney, V. (1976). The pain drawing as an aid to the psychologic evaluation of patients with low back pain. Spine 1, 127-134.

Stokes, H.M. (1983). The seriously uninjured hand- weakness of grip. Journal of Occupational Medicine, 9, 683-684.

Waddell, G., Birchner, M., Finlayson, D., & Main, C.J. (1994). Symptoms and signs: Physical illness or illness behaviour? British Medical Journal, 289, 739-741.

Waddell, G., McCulloch, J.A., Kummel, E. & Venner, R.M. (1980). Non-organic physical signs in low-back pain. Spine, 5, 117-125.

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