Mars/Avril 2001 Table des matières

Dans cet article

À qui le gouvernement doit-il rendre compte?

En quoi consiste les indicateurs de rendement?

Quel usage peut-on faire de ces données?

Conclusion

Références

par Claudia von Zweck, directrice nationale de l'ACE

En tant que professionnels de la santé et consommateurs de services de santé, nous pouvons veiller à ce que les différents paliers de gouvernements rendent compte des promesses faites; en effet, la vision, les principes et les objectifs de notre système de santé ne pourront se réaliser que si nous devenons des consommateurs éclairés.

Il s'agit d'une bonne nouvelle pour les ergothérapeutes et leurs clients. Pendant de nombreuses années, l'ACE a exercé des pressions auprès du gouvernement fédéral afin qu'il s'engage à long terme à financer le système de santé subventionné par l'État. L'ACE a fait valoir le besoin de réinvestir des dollars fédéraux dans un large continuum de services de santé incluant les programmes de prévention et de promotion de la santé ainsi que les initiatives concernant les soins à domicile et les soins à base communautaire. L'ergothérapie peut jouer un rôle clé dans la réalisation de cette nouvelle vision du système de santé canadien. L'ergothérapie peut proposer des solutions aux nombreuses failles de notre système "déficient" en aidant les Canadiens à acquérir la bonne combinaison d'habiletés, de compétences et de soutien pour mener une vie saine et satisfaisante.

En septembre 2000, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux se sont engagés conjointement à restructurer et consolider le système de santé canadien. Dans le Communiqué sur la Santé (2000), les premiers ministres canadiens ont exposé leur vision, leurs objectifs et leurs principes concernant les services de santé financés par les fonds publics. Ces services favoriseront une meilleure intégration des soins hospitaliers, des soins de première ligne, des soins à domicile et des soins communautaires. En outre, un accent particulier sera mis sur la protection et la promotion de la santé, de même que sur l'échange efficace d'information d'une province à l'autre et au sein d'une même province. Tout en promettant de restructurer le système santé dans cet esprit de collaboration, le gouvernement fédéral augmentera graduellement les transferts de fonds pour la santé au cours des cinq prochaines années.

À qui le gouvernement doit-il rendre compte?
Selon le consensus présenté dans le Communiqué sur la santé, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux doivent élaborer une série d'indicateurs de rendement pour le système de santé canadien. Le principal but de ces indicateurs n'est pas de veiller à ce que les gouvernements se rendent mutuellement des comptes - ils sont plutôt tenus de rendre compte à la population desservie par le système de santé. Nous devons donc comprendre clairement le type de données recueillies, les résultats obtenus et les conséquences de ces résultats en ce qui a trait aux besoins des Canadiens en matière de santé. Nous devons également aider nos clients à comprendre ces données afin qu'ils puissent veiller de manière éclairée à ce que les bonnes décisions soient prises pour notre système de santé.

En quoi consiste les indicateurs de rendement?
Les indicateurs de rendement sont des mesures objectives qui livrent des évaluations numériques ou des statistiques comparatives sur des attributs décrivant la valeur ou la qualité. Pour être efficaces, les indicateurs de rendement doivent : être centrés sur les buts, le système et les résultats, être faciles à admi-nistrer et fournir de l'information sur l'évaluation du rendement des aspects du système de santé pouvant être modifiés (Brossart and Thompson, 2000). Les différents paliers de gouvernement ont le projet d'élaborer des indicateurs de rendement pour mesurer l'état de santé, les résultats en matière de santé et la qualité des services.

Indicateurs de rendement sur le système de santé - par exemple, le nombre de personnes qui indiquent qu'elles sont en santé sur le Sondage national sur la santé

Indicateurs de résultats sur la santé - comprennent des mesures telles que les résultats des mesures de la qualité de vie et des sondages sur le fardeau des soignants

Indicateurs de la qualité des services - comprennent des mesures telles que le temps d'attente pour les services d'urgence, les résultats des sondages sur la satisfaction des clients.

L'élaboration et l'utilisation de mesures du rendement du système de santé ne représentent pas une tendance nouvelle ou récente. Des travaux ayant trait à l'élaboration d'indicateurs de rendement ont déjà été amorcés au Canada et dans des pays comme l'Angleterre et les États-Unis. Depuis quelques années, les médias canadiens s'intéressent de plus en plus à ce genre d'information. La revue Macleans Canada publie régulièrement des rapports sur la santé - c'est-à-dire des compilations des données découlant des indicateurs de rendement recueillies par l'Institut canadien d'information sur la santé.

Quel usage peut-on faire de ces données?
Ces données doivent être interprétées et utilisées correctement pour amener des changements positifs dans la prestation de ser-vices de santé. Il faut noter la différence entre les différentes données fournies par les différents types d'indicateurs de rendement. L'état de santé général, tel que mesuré par des indicateurs de rendement sur l'état de santé, est déterminé par une vaste gamme de facteurs dont le niveau de revenu, le logement, le niveau d'éducation et d'alphabétisation et le développement au stade de la petite enfance. Bon nombre de ces facteurs ne comptent pas parmi les responsabilités habituelles du système de santé; ainsi, les indicateurs de rendement de l'état de santé ne doivent pas être seulement considérés comme étant le reflet du rendement du système de santé.

Un examen trop superficiel des indicateurs de rendement peut mener à une interprétation erronée des résultats ou des problèmes des services de santé subventionnés par l'État. Ceci peut entraîner la mise en oeuvre de solutions simplistes ou inadéquates à des problèmes réels au sein du système de santé. Par exemple, l'une des plaintes les plus courantes qui circule dans le milieu de la santé concerne l'engorgement des urgences. Bien qu'il soit facile de sauter aux conclusions et de proposer des solutions rapides pour réduire les inquiétudes de la population, ce n'est souvent qu'à partir de recherches et d'analyses plus poussées que l'on parvient à identifier les véritables causes du problème.

Nous pouvons nous poser les questions suivantes :

Pourquoi ma grand-mère est-elle étendue sur une civière dans le couloir de l'urgence?

Parce qu'aucun lit n'est disponible sur les unités.

Pourquoi n'y a-t-il aucun lit de disponible?

Parce qu'un grand nombre de personnes qui occupent les lits sur les unités ne peuvent retourner à domicile et n'ont nulle part où aller.

Pourquoi ne peuvent-elles retourner à domicile?

Parce qu'elles ne peuvent vivre à domicile en toute sécurité.

Pourquoi ne peuvent-elles vivre à domicile en toute sécurité?

Parce qu'elles n'ont pas eu le temps d'acquérir les habiletés et de prendre des arrangements pour obtenir le soutien dont elles ont besoin pour vivre à domicile.

Comme cet exemple simple le démontre, plusieurs niveaux de questionnement sont parfois nécessaires pour découvrir l'ensemble de facteurs complexes qui créent un problème au sein du système de santé. Souvent, ce genre d'analyse permet de découvrir que l'ergothérapie peut être la solution au véritable problème qui entraînera un résultat en bout de compte. Dans le scénario ci-dessus, l'intervention ergothérapique offerte au client de l'hôpital, qui consiste à l'aider à retourner vivre dans la communauté, ne serait pas seulement bénéfique pour les clients, les familles et les soignants; elle contribuerait également à l'utilisation efficace de nos lits d'hôpitaux et à réduire le stress dans les salles d'urgence.

Conclusion
Lorsqu'ils sont utilisés judicieusement, les indicateurs de rendement peuvent favoriser la restructuration de notre système de santé. Les Canadiens ont maintenant l'obligation de devenir des consommateurs éclairés de cette information. Pour leur part, les ergothérapeutes doivent être sensibilisés et informés de ces données et partager leurs connaissances avec les autres. Ceci signifie qu'ils doivent communiquer efficacement et faire valoir l'ergothérapie comme une solution dont les Canadiens ont besoin en matière de santé.

Références :

Brossart, B., Thompson, L. (2000) Making the grade? Report cards and performance indicators are key tools for improving health system performance. A Closer Look: The Publication of the Health Services Utilization and Research Commission, Fall, 1-2.

Pour obtenir de plus amples renseignements concernant le Communiqué sur la santé: von Zweck, C. & Clark Green, M. (2000). Saisir toutes les occasions : Pour rendre les services d'ergothérapie plus accessibles. Actualités ergothérapiques, 6, 5-8. Disponible pour les membres à :
http://www.caot.ca/otnow/nov00-eng/nov00-politics.cfm, ou
http://www.caot.ca/default.cfm?ChangeID=207&pageID=207.

Claudia von Zweck is the CAOT Executive Director.
Tel: (800) 434-2268, ext. 224, e-mail: cvonzweck@caot.ca.

 

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